Kinky Brat

Un peu de Kink avec June Fontaine, partenaire de l’artiste Divine Putain.

Bonjour à toutes les petites chattes !

Pour mon tout premier article, je vais vous parler ici de June Fontaine.

J’ai rencontré June Fontaine et Divine Putain au Kabaret de la Meduze à Lyon, France, où ils donnaient un peep show explicite, mêlant cordes, pegging et humour. Le lendemain je les ai retrouvé à une soirée organisée par le collectif de La Mouche sur Le Cuir, qui avait été délocalisée à la dernière minute dans un squat, et qui a dû être écourtée, à cause de conflits entre les organisateurs.

Comment as-tu rencontré Divine Putain ?

On s’est rencontré dans un club BDSM il y a trois ans. À l’époque il était en couple, et moi j’étais assez déprimée à mon retour de l’étranger. Je les ai vu jouer ensemble et je les ai trouvés sublimes, inventifs, complices, différents des trucs chiants et normés qu’on voit dans le milieu du Shibari. On a sympathisé, ma tristesse l’a touché. Il m’a donné sa carte de visite en me disant de l’appeler si ça n’allait pas. Je ne l’ai jamais fait, et je suis repartie voyager mais quand je suis revenue il était célibataire et on a décidé de se revoir.

Es-tu amoureuse ? Si oui depuis quel moment exactement ?

Je ne sais pas vraiment depuis quand, c’est la première fois de ma vie que je me laisse aller à tomber amoureuse et à l’assumer, ce sont des sentiments encore très nouveaux pour moi.

Prends-tu du plaisir à voir ton partenaire prendre du plaisir avec quelqu’un d’autre ou prends-tu du plaisir à avoir un rapport sexuel avec quelqu’un d’autre que ton partenaire ?

Les deux. Pour l’instant je l’ai surtout vu et partagé avec d’autres hommes, ce qui m’excite beaucoup. A l’after ce soir-là c’était la première fois que je le voyais vraiment jouer avec d’autres nanas. Je me suis sentie très voyeuse, très connectée à lui juste en le regardant, je n’avais même pas vraiment envie de me mêler à eux, j’étais captivée par ce que je voyais, quelques jours plus tard je me suis branlée en y repensant.

Pourquoi avoir arrêté la performance dans le squat à la Mouche sur le Cuir à Lyon ?

Au début j’étais vraiment à fond, je ne faisais pas attention à ce qui se passait autour, j’étais dans ma bulle. Pour moi ce n’était pas une performance mais juste un jeu, on s’est amusés en public, on n’a pas voulu faire un show. Quand j’ai cessé de m’amuser, notamment parce que j’ai commencé à avoir peur pour mes amis qui servaient de « tampon » entre nous et les mecs du public qui devenaient agressifs, j’ai plus du tout voulu continuer à jouer. Une des cordes du harnais était un peu trop serrée, et en temps normal j’aurai fait abstraction, quand les endorphines et l’adrénaline prennent le dessus on oublie la douleur, mais là je n’y arrivais plus. Dans une situation de performance, de spectacle, peut-être que j’aurais continué, mais cette fois il n’y avait aucun enjeu, je ne m’amusais plus, lui non plus, ça ne servait à rien de persister, on a préféré arrêter et recommencer à jouer plus tard en privé.

À quel épisode de ta vie as-tu réalisé que tu prenais du plaisir dans la douleur ?

Je ne prends pas de plaisir immédiat dans la douleur. Je suis même plutôt chochotte. Dans le bondage, pour moi la douleur n’est qu’une étape, pas la finalité ni le déclencheur du plaisir. Les cordes sont juste un des outils de la scénarisation du jeu avec mon ou ma partenaire. Depuis que je fais de l’escalade j’utilise beaucoup cette métaphore pour expliquer mon rapport à la douleur dans le bondage : en escalade quand tu grimpes une voie et que ça se passe bien, le chemin pour accéder au sommet est souvent inconfortable, stressant pour le corps et l’esprit, parfois douloureux, mais te plonge dans un état mental délicieux, tu oublies tout, tu te concentres juste sur ta progression et tes sensations. C’est cet état que je cherche dans le bondage, un état un peu similaire à la MDMA, l’impression d’être dans un cocon de bien-être. La douleur et le stress sont des étapes, en modulant ta respiration et la position de ton corps tu peux les atténuer, trouver une nouvelle posture qui te fera te sentir mieux, et continuer ton ascension vers le plaisir.

Sinon, pour ce qui est de la temporalité, je ne sais pas, j’ai toujours voulu explorer ma sexualité, essayer de nouvelles choses. Mais je me souviens que très jeune, vers 8 ans, je me frottais à mes peluches en pensant à Leïa enchaînée dans Star Wars et au fouet d’Indiana Jones.

Est-ce que cette limite à la douleur a évolué avec le temps ?

Non, je suis toujours chochotte et ma résistance à la douleur est faible. En revanche je me suis rendue compte avec les années que mon vrai kink, c’est la peur. J’explore de plus en plus de choses qui me font flipper, et qui avant faisaient partie de mes limites.

Comment définies-tu ta sexualité ?

Libre, libérée, épanouie.

Où te situes-tu par rapport au féminisme ?

Je me sens 100% féministe bien que pas militante.

Est-ce que tu catégorises ta pratique sexuelle de féministe ?

Non, je ne catégorise pas ma vie sexuelle, je ne la « pense » pas, ce que je fais dans l’intimité n’est ni militant, ni réfléchi. Ce qu’on a fait à la Méduze, qui n’était pas vraiment un show puisque quasiment pas scénarisé, on l’a pensé pour montrer notre vie intime, qui est fondamentalement queer et libre, pour montrer une autre vision du bondage et du pegging, hors des normes et des conventions. On voulait montrer que d’autres pratiques existent, que dans le BDSM on n’est pas forcément cantonnés à un seul rôle pré-défini, qu’on peut switcher, que les modèles ne sont pas forcément tenues de rester sagement passives pendant qu’on les attache, que le pegging ce n’est pas forcément du femdom. Même si évidemment le public a pu voir une forme de revanche dans le fait que j’ai sorti le gode ceinture après qu’il m’ait attachée, j’ai fait ça avec tendresse, je ne voulais pas qu’on puisse associer l’acte à de l’humiliation. Le gode ceinture n’est qu’une extension de mon corps, pas un symbole ou un accessoire dédié à un type de pratique. Je peux le porter et pourtant être dominée par mon/ma partenaire, je peux le porter et faire l’amour tendrement, ou être dans un rôle plus dominant, tout dépend du contexte du jeu. Si on est arrivés à inspirer des filles à s’essayer à tout ça et à kiffer en s’émancipant des clichés et des normes, alors oui j’estime qu’on a eu une démarche féministe sex-positive.

C’était comment l’after avec tous ces gens qui jouaient avec toi dans le lit alors que tu étais attachée ?

Je suis très exhib, et là j’avais la chance de faire l’amour avec mon copain, entourée de gens tous très beaux, très gentils, très doux, c’était forcément le pied. C’était génial de sentir toute cette belle énergie autour de moi, de serrer toutes ces mains dans les miennes.

J’ai vu ton petit tatouage sur la cuisse droite, qu’est-ce que c’est ?

C’est le mot « Fear » qui a bavé parce que je l’ai fait faire à l’arrache par un tatoueur débutant. A l’origine c’est un dessin d’une amie artiste – Cath Laporte– et ça veut dire « Face everything and rise » sauf qu’en fait je me suis rendue compte il y a peu de temps que c’est aussi une chanson du groupe Papa Roach.

Merci pour tout ce que tu m’as fait partager June.

La série que j’ai réalisé sur Jude Fontaine mêle photographies et dessins, gravures érotiques de différents siècles et mouvements artistiques. Comme une opposition entre deux médiums, deux espaces temps.

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